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Brèves divagations (recueil + poèmes additionnels)

Brèves divagations est un recueil de textes poétiques que j’écrivis entre décembre 2015 et juillet 2018. Ces temps où je n’ai pu filmer, j’ai pu trouver les mots ; l’expression d’une errance certaine avec l’écrit comme respiration salutaire.

Définir par l’écriture, les mots,
Ce que la parole ne saurait seule ;
Retranscrire sans une âme bégueule
Les sentiments sous le décor des flots.

Sommaire :

Poèmes additionnels :

AU-DELÀ DU DÉSERT

La nuit urbaine pleure les feuilles ocre d’un dernier automne. Ces larmes couvrent celles que je n’ai plus. De haut, les arbres me fendent le visage de leurs ombres. Je ferme les yeux pour voir que les saisons n’ont jamais été. Il n’y a que désolation et désert. Amant dérobé, le vent a balayé tous ses pas ; ceux derrière, à côté des miens, et ceux poursuivant, qui côtoieront surement des traces étrangères. Je sens pourtant encore sa main tenant la mienne. L’autre reste veuve d’un ange rêvé.

Je danse alors pour tromper la solitude. Mais, incrédule, elle patiente toujours le temps d’une pensée désarmante pour vous saisir et valser. Désormais, elle m’envoie son poing de non-retour en pleine poitrine. Le souffle m’est coupé. Le béton dans le ventre, brisé. Les tourments victorieux me chuchotent dans le cou à m’éprendre de frissons compulsifs, et leurs longs bras viennent ardemment m’étreindre le torse ; Ô pressement libertaire, châtiment salutaire ! Étendu, bordé par l’aube soudaine, il me faut dès lors capituler. Je rends mon lit aux travers inespérés pour le divan des torturés.

Promis aux amours vains, j’eus la candeur dissolue de croire aux vices salvateurs. Des draps inconnus et enivrant me recueillaient chaudement – les maculer pour seule mitraille – sous des volutes de fumée blanchâtre. La lasciveté ne s’éprouve pas sans absinthe et tabac !
S’évaporer, ne plus être au monde. Je désavouais tout romantisme, genèse de mes maux.

Le corps sans âme, je sens palpiter mon cœur sans vie. Mon langage insulaire naufrage dans des eaux nébuleuses ; le corollaire de mon esprit nourri d’un opium inhibant l’affliction. S’abandonner à la vraie vie et s’évanouir au fond des sables – l’absurde et son supplice.

Décembre 2015.

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RUE DU DERNIER JOUR

La pluie et la nonchalance frappent au was-ist-das ;
Un appel d’Allemagne qui me réchauffe sous mes draps.
Je suis revenu trouver le repos, mais je vois à nouveau.
J’embrasse l’éveil et quitte ma chambre sans détour.

Au bout de la rue du Dernier Jour, un orage gronde.
Cette même rue où il me fallait courir pour la fuir.
J’errais çà et là au petit soir, inventer les rêves du matin.
Ici je flotte au-dessus des passants, dissimulé par leur froideur.

Au fil des trottoirs, je recherche les couleurs de mes souvenirs.
Les fleurs me les content exhumant la vanité qui ne cesse de rôder.
Et comme elles, la tête vers le ciel, je fantasme l’évasion.

Les maisons voisines me somment de leur rendre le silence ;
C’est pourtant lui qui m’avait saisi.
Ainsi l’orage se tut, et me porta jusqu’à son dernier souffle.

Juin 2016.

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CRI DU CŒUR

J’ai bu, parfois seul, fumé, beaucoup fumé, pleuré, écrit, réalisé, crié, couru, je me suis donné, envoyé en l’air, réveillé chez des inconnus, j’ai voyagé, consulté, pris des cachets, écrit à nouveau, réalisé – toujours –, je me suis isolé, frappé, j’ai dansé, embrassé, traversé des villes à pieds, le jour, la nuit, je me suis laissé tomber dans des bras, j’ai pleuré, encore, et encore, j’ai ri – essayé –, continué mes cachets, fumé par accoutumance, baisé sans aimer une dernière fois, mais la douleur de ton absence persiste.

Juin 2016.

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L’AURORE

J’ai vu la nuit se lever, j’ai vu le jour l’éclipser ; entre les deux il y avait toi. L’horizon nous sépare, mais je l’escalade à l’épreuve du temps. L’éternité retrouvée, c’est nos corps l’un contre l’autre sur une plage de la côte Atlantique. – Mes rêves se raniment, je sais néanmoins les écorchures qui guettent. Qu’importe ! Je caresse les stigmates d’un abandon dernier pour me rappeler la vie enfin. J’ai souvent cherché comment disparaître, et tu étais là, toujours : comme un ange au milieu de ce bordel, venu de La Nuit juste avant les forêts. En simple païen, j’ai allumé des cierges dans les églises de mes voyages ; une prière athée pour un amour ineffable. Mes divagations t’appartiennent, j’ai compris que mon existence naissait sous ton regard. Bientôt, j’irai où le soleil point. Peut-être me brûlerai-je la peau de me languir comme je me brûle la gorge de cigarettes névrotiques – on ne vit pas sans écueil. Quoi qu’il en soit, je serai là où l’exaltation m’attend, où je danserai insensément et avec ivresse, où alors ta main saura retrouver la mienne.

Août 2016.

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APRÈS LES MIRAGES

J’ai oublié comment on fait,
Te parler, t’effleurer la peau,
Face au vent qui nous décoiffait
Alors que tu me trouvais beau.

J’aimais avec désillusion ;
Infortune des suppliciés
Condamnés à la réclusion,
Exilés dans les airs viciés.

Puis je me posai ici-bas
Te rejoindre candidement,
Noyer ce que tu inhibas,
La solitude du moment.

La nuit, dans les rues des fauchés,
Toi et moi nous nous ébattons,
Conviés au bal des débauchés,
Nos cœurs enlacés, nous flottons.

Je réapprends ce que m’ont pris
L’avortement et la distance,
Pour lesquels je me suis dépris,
Les sentiments de mon errance.

Dis-moi qu’ils se sont vraiment tus,
Les mirages des amants seuls,
Que je serai plus qu’un corps nu,
Et qu’entre nous point de linceul.

Septembre 2016.

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***

Couché sur le vide…

Couché sur le vide, posture quasi christique, mon corps glisse sur l’air frais de la nuit. Mon langage insulaire flotte à mes côtés sans que je sache l’atteindre. Un trou noir me creuse la poitrine. Je m’éloigne au gré du vent pour ne pas engloutir les cœurs bienveillants. Le temps me déchire peu à peu. Je respire encore, puisqu’à l’impossible de tes bras, je suis tenu.

Novembre 2016.

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***

UNE NUIT DE DÉCEMBRE

La douleur m’offrit la volupté. Esquinté, c’est ainsi que je me redonnai au monde. Mon cœur frappait fort à la poitrine frêle et nue qui vibrait ; il le savait, je n’étais pas seul, paradoxalement apaisé sur les draps anonymes. Le silence s’était installé. Et dans un rire partagé : « Pourquoi tu ris ? ».

Comme il se devait, je m’en allai rejoindre les rues désertes de Strasbourg et ma chambre. Sur mon chemin, je me laissais apprécier le froid de l’hiver, la solitude que prête la nuit, les lumières tamisées et mes volutes de fumée s’évaporant lentement au-dessus de ma tête. Entre les rires qui s’échappaient encore malgré-moi, j’accompagnais naturellement ma longue marche de rêveries. Et puis, furtivement, il m’apparut enfin, le souffle qui depuis longtemps m’avait quitté. Pourquoi riais-je ? Je constatais l’absurdité de la vie.

Décembre 2016.

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HERE COMES THE SUN

Comme tous les damnés et les salauds, je m’en allais crever lentement à la lisière obscure de la Grande île. Mon corps, ma poitrine, mes larmes n’avaient de cesse de me rappeler l’agonie. Or j’ai toujours plaidé l’absurde – bien peu m’importe le trépas ! Je me flinguais à coups de fumées bleutées jusqu’au soir où tes yeux d’or se sont posés sur moi ; des nuances pareilles à celles qu’offre le soleil mêlé à l’Atlantique qui nous sépare. Les rues tortueuses de mon enfer se sont illuminées sous tes pas. Ton premier baiser troubla les brumes de la solitude. Malgré le rythme incertain de mes battements, toi, l’ange fabuleux proscrit d’un retable, confia mon âme à la quiétude.

Nombreux sont les voiles dans lesquels je me suis abandonné, écorché, souillé de semences infertiles des déserts amoureux. Je retrouvai surtout les bras nus tant espérés même si je savais la vanité de cette liaison. Il me fallait oublier l’avortement de l’un et la confusion d’un autre m’obsédait.

Mais alors qu’une accablante chaleur me maintient éveillé et que résonne Here Comes the Sun sous les premiers rayons doux et orangés, les raisons de ma venue s’éclaircissent. Un souffle lointain me redresse de contre terre, la béance se cicatrise, les rêves m’éveillent au firmament… Ici point notre amour, little darlin’.

Mai 2017.

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***

L’Ombre du soleil m’embrasse…

L’ombre du soleil m’embrasse, le beau monde somnole. Et je vole – au-delà de tout –, les quatre fers emportés par les vents acharnés. Et la pluie – celle qui vient de nulle part – me glace à l’intérieur. Ma peau frissonne ; éprouver l’existence me tue patiemment. J’engloutis les cœurs aimants comme j’anéantis le mien. Le temps abscons, le ciel fiévreux, j’ai deux âmes ivres qui sont aussi mes amants seuls.

Septembre 2017.

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Poings francs au ventre…

Poings francs au ventre, que se brisent les tourments bétonnés ! Ton visage derrière mes yeux m’assène d’éraflures lacrymales. Alors je m’offre à la nuit, et je danse, virevolte ; les stigmates convulsifs s’effacent. Les branches des arbres des alentours se mettent à bruisser d’une musique inconnue. Et je chante, je chante à m’en ruiner les poumons. Puissè-je cracher sans faillir la fange noirâtre qui m’accable jusqu’à un dernier souffle serein.

Octobre 2017.

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***

LA FATALITÉ D’ÊTRE

D’où viens-je ?

Je viens d’une île qui n’est pas au monde. Je ne saurais dire s’il s’agit d’un souvenir ou d’un rêve – le temps les confond –, or je sais avoir toujours été traversé par un langage insulaire. Il est de ces langages inhérents à l’être, de ceux qu’il vous faut cultiver, sans quoi toute existence serait vaine. – Puissè-je rendre grâce à mes proches et partenaires qui savent l’entendre. Comme un enfant, j’ai balbutié seul mes premières images, mes premiers sons ; j’embrassai la didactique infinie du rêve et de la nuit.

Que suis-je ?

Bien qu’éprouvant, il n’y a plus exaltant châtiment que la fatalité d’être. Surtout lorsqu’il nous mène au cinéma. Il s’est imposé avec évidence ; je n’avais meilleures façons de m’exprimer, de voyager, de rencontrer, ou d’aimer. Indubitablement, donc, je n’ai jamais cherché à savoir qui j’étais, mais j’ai cherché comment.

Où vais-je ?

Où vais-je ? Je serai là où je dois être, là où je n’ai pas à faire semblant.

Février 2018.

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***

Les Âmes hostiles…

Les âmes hostiles peuvent bien s’époumoner, vociférer, nous oindre de leur fange vindicative. Je sais mes déboires ; qu’ils me trainent de vie à trépas – comme pour tout damné ou salaud –, puisque j’en fus un temps soustrait ! Néanmoins, je ne saurais désavouer l’effusion que mon cœur proclame à ton égard.

Que soit rendu grâce au possible de tes bras,
Ceux estompant les mirages des amants seuls.

Mars 2018.

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***

CRI DU CŒUR
II

Il est des amours qui nous sont marqués au fer rouge en pleine poitrine : le palpitant crie sans bruit, la trace jamais ne s’enfuit. Toutes mes larmes versées ont le gout salé de mes déchirures passées. Mon cœur bave leurs coups éperdus et condamnés. Il n’y a pas que la chair et le porno désincarné, tu sais ; on jouit sans âme faute de savoir rêver. Et tu n’es pas là, alors que je t’ai cherché aux confins de l’ennui bleuis par la nuit. Et tu n’étais pas là, l’abandon dans mon lit était froid. Je sais où tu es caché, là où l’on s’arrête d’aimer. On me l’a dit, asséné, je suis trop brisé pour être sauvé. Mais je t’en prie dis-le moi – mentir t’est permis cette fois –, dis-moi qu’au petit jour tu seras là.

Juillet 2018.

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***

POÈMES ADDITIONNELS

Les Arômes absinthiques au corps…

Les arômes absinthiques au corps, diable que le bonheur m’éprend ! Je m’en vais l’âme ardente et enivrée, alors entends ! Ô toi – dont mes bras s’entaillaient le nom –, jamais plus je n’aimerai plus éperdument, jamais plus je me damnerai si insensément. Alors sortez tous les chants, je m’en vais danser ! Sortez tous les chœurs, je m’en vais passer ! Embrassez-moi avant la nuit, embrassez-moi avant que je m’endorme sous la pluie ! Les cieux merci ; tendre mélancolie pour ses yeux avant l’oubli.

Février 2019.

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À CORPS ÉPERDU

Regarde comme mes habits s’envolent,
Écoute leurs souffles qui caracolent ;
Je flotte à côté, ils bruissent la peine
À me faire implorer que l’on m’éveine.

Si j’avais su que les mots que j’écris
Présageaient la levée des piloris
Où l’on a cloué mes tripes et mon cœur,
J’aurais saboté la rude rancœur.

Mon corps nu attend fouetté par le froid
Que tes bras m’invitent comme autrefois,
Dans le chaud de nos rêves inespérés,
Sauver mes souvenirs inaltérés.

Je me suis enfui dans les verts effluves,
M’échapper des insoutenables étuves
Qu’a laissées derrière toi ton absence ;
Je suffoque à pressentir ta clémence.

On trinque à l’oubli par l’exaltation
Au son des frissons des murs du bastion ;
Les basses acides et frénétiques alors
Me transportent dans d’oniriques essors.

Mai 2019.

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Derrière le verre…

Derrière le verre de mes lunettes noires,
Mes yeux voilés s’acquittent de tous les déboires ;
Des rideaux veloutés au-devant des abîmes,
Tréfonds humide du coeur hissé jusqu’aux cimes.

Juin 2019.

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L’ÉTÉ SE LÈVE

C’est le temps des orages
Foudroyons les mirages
La nuit, la pluie m’enivre
Contre toi sur la rive
Mes lèvres ainsi mouillées
Sur ta nuque sillée
Des gouttes de ta peau
Sueur chaude en faisceau
L’attrait de ton odeur
Mêlé à nos ardeurs
C’est le temps de l’amour
Faisons-le sans détour

Je veux vivre une idylle
Mon cœur, dansons fébriles
Que nos bouches se touchent
Que les doutes se couchent
Assumons la candeur
Quand coule le bonheur
Sur nos torses dévoués
Tels des amants échoués
De grands éclairs rayonnent
À nos corps qui frissonnent
Je veux vivre insoucieux
Dans le feu de tes yeux

Juin 2019.

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